06 mars 2019 ~ 0 Commentaire

Laurence Le Duvéhat. « On est dans une société de l’immédiateté »

« On a la sensation d’être utile, de servir à quelque chose, de pouvoir aider. Mais dans la balance, les désagréments étaient plus nombreux ». La maire de Saint-Pierre Quiberon, Laurence Le Duvéhat explique les raisons de son choix de ne pas repartir dans la campagne pour un second mandat.

« On a la sensation d’être utile, de servir à quelque chose, de pouvoir aider. Mais dans la balance, les désagréments étaient plus nombreux ». La maire de Saint-Pierre Quiberon, Laurence Le Duvéhat explique les raisons de son choix de ne pas repartir dans la campagne pour un second mandat. (Le Télégramme/Gwen Rastoll)

Elle a la parole libre. Pas parce qu’elle a déjà fait savoir son choix de ne pas se représenter. Mais parce que c’est dans le caractère de Laurence Le Duvéhat. La future ex-maire de Saint-Pierre Quiberon explique son choix, en n’éludant rien, comme à son habitude. Rafraîchissant ou déstabilisant, voire agaçant pour certains. C’est selon.

L’élection de 2014. « Qu’elle était la motivation de départ ? C’était l’envie de changer Saint-Pierre Quiberon, la rendre plus attractive. J’avais aussi le ressenti d’une majorité un peu autoritaire, et trop politisée. Mon mari était alors conseiller d’opposition. Et quand on proposait quelque chose, c’était toujours non. Systématiquement. Sans regarder. Il y avait un côté très fermé dans la façon de gérer la commune. Moi, au départ, je partais pour être adjointe. Jean-Yves Loget devait être maire, mais il s’est vu attribuer un nouveau job à Nantes, ce qui rendait impossible sa fonction de maire.

Une équipe qui se découvre. Tous, on s’est découvert dans la campagne. On a construit une vision commune, avec des objectifs très précis. Tout n’a pas été réalisé, mais on a travaillé pour ça… Quand vous arrivez, comme moi, sans avoir été élu auparavant, il y a une somme incroyable de choses à ingurgiter. Et des guerres d’ego à gérer. C’est assez surprenant et, en même temps, le reflet de notre société, intolérante à la frustration. Même si, sur le fond, on reste très unis sur les objectifs de notre campagne.

La décision de ne pas y revenir. Ce n’est pas une histoire de lassitude. C’est une accumulation de plusieurs choses. Tout d’abord, j’ai des problèmes de santé, avec un traitement assez lourd, et je n’en fais pas un mystère. Pour moi, l’engagement doit être complet. C’est également une fonction qui est très chronophage pour la vie de famille.

Ensuite, il y a eu aussi toutes ces demandes. Malgré des efforts répétés d’adaptation ou d’écoute, j’ai ressenti une insatisfaction permanente, aussi bien avec certains élus qu’avec la population. On est vraiment dans une société de l’immédiateté. Je regrette d’avoir été confrontée à trop d’incohérences, d’exigences, d’absences de respect… J’ai parlé de septuagénaires post-soixante huitardes, qui habitent en résidences secondaires, et ont des tonnes d’exigences… Cela m’a été reproché, mais c’est la vérité. Les gens ne mesurent pas. Tout est normal. L’occupation des salles, les subventions… Et pourtant, on entend qu’il faut diminuer les finances publiques. Cela a un côté ingrat. Je suis toujours étonnée des bons donneurs de conseils qui ne vont pas et n’iront jamais en mandature.

Quant au plaisir avec la population, il est un peu décevant. Déjà, parce qu’on ne la voit pas autant qu’on ne l’imaginait au départ, faute de disponibilité. Et parfois, faute de sens. Je ne me ressens pas, moi, ce côté matriarche. J’ai du mal à aller à la galette des rois. Et je ne suis pas certaine que les gens attendent ça. Les associations, on les accompagne autrement. Être un facilitateur de propositions, de dynamique, oui : c’est un honneur de maire et d’équipe.

Enfin, il y a la valse des agents. On a eu quatre DGS (directeur général des services) depuis notre élection. Il y a un gros problème dans l’administration, pour le remplacement des agents. Les élus ne sont clairement pas assez accompagnés.

Ce qu’être maire a changé. Cela m’a permis de me découvrir sur certaines choses. Je crois que paradoxalement, j’ai renforcé mon ego. On a un autre regard sur la société qui nous entoure. Médecin, j’ai toujours été dans l’accompagnement, avec mes patients. Pendant 18 ans, j’étais également très libre de parole. Il y a un lien bienveillant, facile, même si c’est un métier prenant. Comme maire, je n’ai pas su trouver un équilibre dans ma vie. Je me suis engagé dans beaucoup de choses… On parle de sacerdoce, mais ça ne me correspond pas. Je peux donner aux autres. Mais pas tout. À titre personnel, je ne crois pas avoir eu du plaisir en tant que maire. Ou si peu. Dans la balance, les désagréments étaient plus nombreux.

Ce qui manquera (quand même). On a la sensation d’être utile, de servir à quelque chose, de pouvoir aider. Je suis très fière d’avoir participé à cette expérience. Et j’ai trouvé agréable de pouvoir m’appuyer sur l’équipe d’agents… Quand elle était complète. Ce que j’adore, c’est construire. Je suis très fière des projets que nous menons et j’espère les voir aboutir. Comme élue ? Je ne sais pas si je vais rester dans l’équipe. Personne ne m’en a fait la demande… ».

Informations.  Le telegramme

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